Une mère admirable - Tamara Critchfield

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Une mère admirable

Une mère admirable - Tamara Critchfield

Ma mère avait été infirmière toute sa vie. Étant jeune, il n’était pas rare qu’elle ne rentre pas la nuit. Cela me faisait beaucoup de mal, d’aller me coucher la sachant à l’extérieur, et non avec moi pour me border, et m’aider à dormir sereinement. J’ai grandi avec le sentiment du manque de sa présence en permanence. J’en voulais à tous ces malades de se l’accaparer et de la garder pour eux. Pendant mon enfance, je ne comprenais pas vraiment son métier. Il m’avait fallu grandir pour comprendre sa présence indispensable auprès des personnes qui vivaient de lourds moments.

Il n’était pas rare que l’on entende frapper des voisins à la porte, même très tard la nuit, lorsqu’elle était avec nous pour la faire se déplacer, et prodiguer des soins à des personnes, avant que celles-ci ne partent pour l’hôpital. La plupart du temps, on la dérangeait pour de simples petits bobos, ce qui me mettait très fortement en colère. Je ne comprenais jamais pourquoi elle cédait à chaque fois sans dire un mot. Je lui en voulais de faire preuve de plus de patience envers autrui, qu’envers moi-même, et cela, elle s’en était rendu compte un peu trop tard. Elle essaya de m’expliquer un jour son métier, et qu’il lui était impossible de refuser de porter assistance à quiconque tant qu’elle était apte à pouvoir donner cette assistance. De plus, je voyais très souvent dans le quartier, des gens venir me voir pour me demander de la remercier de ses bons services. Elle avait très certainement réussi à avoir le respect de beaucoup.

Le jour de sa retraite, elle alla le soir même aider une femme prête à accoucher chez elle. Elle revenait au petit matin complètement étourdie de fatigue. Elle me disait être heureuse, car l’enfant allait très bien. Avec le temps, je finissais par saluer chaque jour le dévouement de ma mère. La colère que j’avais eue pendant toute mon enfance, et mon adolescence, pour son manque de présence et son acharnement total à la pratique de son métier au mieux possible, se retournait contre moi. Je me retrouvais en colère contre moi-même, de ne pas avoir su hériter d’un tel dévouement et surtout de n’avoir trouvé assez de force en moi-même pour générer autant de responsabilités envers autrui. Elle avait opté pour un emploi infirmiere, alors qu’elle n’avait que 14 ans. Depuis, elle n’avait vécu qu’à travers les vertus de son métier. J’aurais dû comprendre plus tôt mon égoïsme et me remettre en question. J’ai juré de trouver d’une façon comme d’une autre dans mon avenir de quoi mettre mes pas dans les siens.